Vendredi 28 décembre 2007
UN GRAND BRASSAGE CULTUREL ET RELIGIEUX :
Nous ne savons pas exactement quand s'opéra cette transformation, mais il est certain qu'au contact des éléments autochtones, ou par l'effet d'une rapide évolution
interne, les formes anciennes de la religion védique se modifièrent profondément. Les Aryens, tout en maintenant leurs privilèges sociaux, assimilèrent graduellement certains éléments des arts et
des techniques des peuples conquis, ainsi que beaucoup des conceptions philosophiques et religieuses du Shivaïsme et du Jaïnisme.
Aux cours des millénaires qui suivirent, l’histoire de l'Inde connut bien des périodes différentes.
DU VEDISME AU BRAHMANISME :
La première grande période s'étendit jusqu'à la fin du IIIe siècle après J.C. Elle correspond à la mise en place du panthéon hindou (Brama, Vishnou, Shiva) tel que nous le connaissons aujourd'hui,
ainsi qu'à la fixation et à l'extension des écrits référentiels (Upanishads, Darsanas). Cette période, très
féconde sur le plan spirituel, met déjà en évidence une nette démarcation entre les formes extérieures de la religion ritualiste des Védas et la
recherche purement intérieure du Yoga.
LE
BOUDDHISME :
Au fil du temps, la société indienne se figea dans une sorte de ritualisme stérile. Les cérémonies védiques, devenant de plus en plus sophistiquées et de plus en plus coûteuses, ruinèrent peu à
peu le pays. C'est dans ce contexte social plus ou moins décadent, que naquit Siddartha Gautama, celui qui
allait devenir pour l'ensemble de l'Asie, le Bouddha (l'Eveillé).
Né en 563 avant J.C. dans une famille princière du sud du Népal, Gautama fut dès sa naissance promis à un destin exceptionnel. Renonçant au monde à l'âge de
trente ans, il se livra alors à une ascèse intense pendant plusieurs années et parvint finalement à l’illumination. Sa doctrine, reposant sur la théorie du karma et de la transmigration, se voulait une réponse concrète et radicale au problème de la souffrance humaine. Aussi exposa-t-il ses «Quatre Nobles Vérités», d'abord à ses anciens compagnons, puis à des disciples qui devinrent rapidement de plus en plus
nombreux. S'opposant au Védisme (religion révélée) et au Shivaïsme (religion non dogmatique), il combattit à la fois le système des castes, le ritualisme et les superstitions. Un Ordre fut créé
et le Bouddhisme qui ressemblait plus à son origine à une philosophie qu'à une véritable religion, commença à prendre en Inde, une influence de plus en plus importante.
Du IVe siècle au IIe siècle avant J.C., la dynastie des Mauryas favorisa
davantage la nouvelle religion aux dépens du culte védique.
Mais c'est en 274 avant J.C., que l'Inde entière, à la suite du roi Açoka, se
convertit massivement au Bouddhisme. Pendant son règne, le roi Açoka convoqua un grand concile pour définir par écrit le Canon bouddhiste et par là même pour combattre les hérésies. De nombreux
missionnaires furent envoyés dans tous les pays voisins, ainsi qu'en Grèce et dans le monde méditerranéen.
LE JAINISME :
C'est à la même époque qu'apparut Mahâvira (559 avant J.C.), 24ème et dernier prophète de la religion Jaïn. Un
lointain passé ayant déjà permis au Jaïnisme de s'établir en ces lieux, Mahâvira passa plus pour un réformateur que pour un innovateur. Son influence ne
dépassa guère le cadre de l'Inde, malgré l'envoi de nombreux missionnaires.
Néanmoins, plusieurs grandes valeurs liées à cette religion, telles la non-violence et le végétarisme, imprégnèrent et
modifièrent profondément toute la société indienne. Aujourd'hui encore, cette très ancienne religion, toujours présente sur ce vaste territoire, quoique en faible pourcentage, porte témoignage
d'un passé immémorial.
L'INFLUENCE DES GRECS :
Durant cette même période, l'Inde eut à subir la domination et l'influence des Grecs (IIIe- IIe siècles avant J.C.). Depuis les temps les plus anciens, le commerce et les échanges avec le monde méditerranéen n'avaient
jamais cessé d'exister. Mais avec l'avènement d'Alexandre-le-Grand et son désir de conquêtes, les Grecs allèrent
établir en Inde et en Afghanistan, une véritable suite de petits royaumes, plus ou moins autonomes entre eux.
L’influence des Grecs se fit surtout ressentir dans le domaine des arts, de la sculpture et de l’architecture. Mais finalement, peu de temps après la disparition d'Alexandre-le-Grand (323 avant
J.C.), l'Inde se libéra définitivement de l'emprise des Grecs et reconquit son indépendance.
LE RENOUVEAU BRAHMANIQUE :
Au VIIIe siècle après J.C., l'Inde vit apparaître un vaste mouvement de
renouveau spirituel en lutte contre le Bouddhisme. Des rois redonnèrent aux brahmanes leurs
anciens privilèges, le système des castes refit son apparition et la religion Brahmanique développa un important corpus philosophique : le Védanta.
Shankarâchârya, le plus illustre représentant de la pensée védantique, prôna un non-dualisme catégorique (Advaïta Védanta) et créa avec ses successeurs, un vaste réseau de monastères à travers l’Inde. Son influence fut très grande et de très nombreux yogins suivirent à son exemple, la voie abrupte de la connaissance pure (Jnâna-yoga) et du renoncement.
Plusieurs autres courants de pensée védantique, moins radicaux dans leurs formes, virent aussi le
jour à cette même époque et formèrent un ensemble d'écoles plus ou moins indépendantes : Védanta dualiste de Madhwa, Védanta de la «différence et non différence» de Nimbarka, Védanta de la «voie de la non-dualité pure» de Vallabha, Védanta du «non-dualisme tempéré» de Ramanuja.
LE SHIVAISME DU CACHEMIRE :
Le Shivaïsme du Cachemire fit aussi
son apparition au VIIIe siècle de notre ère. Contrairement au Védanta, il ne s’appuye pas exclusivement sur
l’autorité des Védas et des Upanishads , mais trouve surtout son inspiration dans les
Tantras et les Agamas Shivaïstes.
La résurgence de ces textes anciens, jusqu’alors retransmis oralement, s’accompagna d’une pratique nouvelle et d’une connaissance plus grande de toute la science du Yoga. Bien qu'il y ait eu plusieurs grandes tendances au sein de ce courant philosophique, la personnalité la plus éminente reste Abhinavagupta, génie éclectique du Xe siècle.
L'INDE MEDIEVALE :
D’autres mouvements encore se développèrent simultanément au cours de cette période si féconde de l'Inde
médiévale. Citons le cas des Nâtha-yogins au XIIe siècle qui reprirent le flambeau de l'enseignement du
Hatha-yoga et des techniques secrètes et celui des Lingâyats (adorateurs de Shiva), situés à l'extrême limite de l'orthodoxie brahmanique.
Mais un autre fait majeur allait colorer et modifier toute la pensée philosophique et religieuse de l'Inde. La Bhakti (ou Amour-foi) quoique latente déjà dans certains hymnes des Védas et n'étant point non plus étrangère aux
conceptions Shivaïstes des Tantras et des Agamas, prit réellement son envol avec le courant Vishnouïste et ses Avatars (incarnations divines). D'abord vécue comme une simple approche émotionnelle du
culte religieux, la Bhakti enflamma le cœur des yogins et devint le moyen le plus facile
d'atteindre le Divin.
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