«Par Moi tout cet Univers a été étendu dans l'ineffable mystère de Mon Etre ; toutes les existences sont situées en Moi, et non Moi en elles.»
(Bhagavad-Gîtâ IX. 4)
CITI : LA MANIFESTATION
COSMIQUE :
Le Pouvoir de L’Absolu qui suscite le processus de la manifestation cosmique est désigné en sanskrit par le terme
Citi. C'est uniquement en vertu de son propre pouvoir que l'univers entier vient à se manifester. Citi conçoit tout et maintient tout en Elle-même. Citi déploie l’univers entier sur son propre
écran. Citi est le support de toutes les existences, l’Alpha et l’Oméga de toute la création.
PARA-VACH : LE VERBE CREATEUR :
Citi, le pouvoir vibratoire de la manifestation cosmique est aussi appelé : Parâ-Vach (le Verbe). La théorie de la manifestation de l’univers par le pouvoir créateur du Verbe de Dieu, nous conduit au cœur même de la Révélation. Dans le
Rig-Véda, un des plus vieux textes religieux de l’humanité, nous pouvons lire :
« Au commencement est Brahman,
Seigneur de tout ce qui existe
avec Lui est Vach, le Verbe,
Et le Verbe, en vérité, est Brahman.»
Cette courte strophe nous renvoie d’une façon saisissante au prologue de l’Evangile selon
Saint-Jean :
«Au commencement était le Verbe
et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement en Dieu.
Toutes choses ont été faites par Lui et rien de ce qui a été fait,
n’a été fait sans Lui. »
LE DON DE PAROLE :
Pour la tradition indienne et le Yoga en particulier, il y a une correspondance directe entre les mots, les objets
et leurs significations. Entre le plan créateur de la Pure Conscience et celui de la création, se situe le Verbe, la Parole (Parâ-Vach). Cette Parole
Primordiale (AUM), est à la fois la brèche qui sépare et le pont qui relie toute chose. D’abord non prononcée et indistincte, elle n’est qu’une intention dans
le substrat de la Conscience. Puis elle se définit comme une idée distincte, trouve les mots qui lui correspondent et s’exprime enfin en sons articulés. La Parole de Dieu est Vérité, parce qu’Elle proclame ouvertement Son Unité et Sa Transcendance.
« Je Suis Celui Qui Suis »
(La Bible)
En recevant le don de parole, l’homme devient véritablement, «à l’image et à la ressemblance de Dieu».
Il devient Homme.
LE PRINCIPE DE LA DIFFERENCIATION :
« Divisant son propre corps, le Seigneur devint mi-masculin, mi-féminin.»
(Lois de Manu)
Pour que la manifestation cosmique puisse apparaître (l’espace-temps), il faut qu’une brèche se forme au sein même
de l’Unité de la Suprême Conscience (Parâsamvit). Citi, le pouvoir créateur de l’Absolu, engendre à la fois le Sujet Connaissant (Purusha) et l’objet à
connaître (Prakriti). C’est en vertu de cette différenciation initiale, que l’univers entier semble être relatif et multiple.
LE COUPLE ORIGINEL
:
Purusha et Prakriti représentent le couple originel non encore divisé. C’est ce même couple que nous retrouvons
dans d’autres traditions sous différents vocables. C’est Shiva et Shakti dans l’Hindouisme, Adam et Eve dans le Judaïsme, le Yang et le Yin dans le Taoïsme. Le couple originel est aussi
représenté sous les traits de l’Androgyne (Ardhanarîshvara), du Point Ultime (Bindu), d’où est issue toute la
manifestation.
PURUSHA : LE SUJET CONNAISSANT :
« Il est le Soi qui demeure au plus profond de chaque individualité ; Il reste toujours identique à
Lui-même et cependant, c’est Lui qui transparaît à travers les multiples transformations du mental. Il ne naît ni ne meurt ; Il ne croît ni ne décroît. Il ne peut subir aucune modification
puisqu’il est éternel. Lorsque le corps tombe en poussière, Il ne cesse pas plus d’exister que l’éther enclos dans la panse d’une cruche n’est affecté par le bris de cette cruche, car Il est
absolument inconditionné. » (Shankarâchârya)
Purusha, le Sujet Connaissant, est l’Unique Voyant de tout ce qui est. La tradition indienne Le désigne par de
nombreux noms. Il est le Soi, l’Atman, l’Esprit, le Vivant, l’Homme Essentiel, Shiva. Omniscient et Omniprésent, Purusha préside à toutes les oeuvres de la
manifestation. Il est le Centre Immuable, sans devenir et sans passé, la Conscience-Témoin, le véritable Soleil qui illumine tout de l’intérieur. Le
Soi ne peut être ni pensé, ni vu, ni entendu. Jamais il ne peut être objet de perception. Il est l’Essence même de l’Homme, le Grand Miroir Spirituel dans lequel se reflètent tous les noms et
toutes les formes.
PRAKRITI : L’OBJET A CONNAITRE :
Alors que Purusha désigne l’Essence même de l’Etre, masculin dans son
principe, non sujet au changement, Prakriti quant à Elle, désigne Ses énergies, féminin dans sa nature, toujours en mouvement. Prakriti est l’aspect dynamique de Citi, sa « puissance »
(Shakti), mais aussi son caractère illusoire et éphémère (Maya). Les corps physique, énergétique, émotionnel et mental
sont les énergies du Vivant. Prakriti est ce que la Bhagavad-Gîtâ présente comme étant le «champ de la connaissance».
« D’abord vient l’Energie non-manifestée, non -discriminée ; puis le résultat de l’évolution objective
de cette Energie, les cinq états élémentaires de la matière ; ensuite, le résultat de son évolution subjective, les dix sens et l’unique mental, l’intelligence et l’ego ; enfin, les
cinq objets des sens. » (Bhagavad-Gîtâ)
LES GUNAS :
Les gunas sont les trois tendances fondamentales que prend l’Energie (Prakriti) pour se manifester. Sur le plan cosmique, ces trois tendances correspondent aux trois étapes obligatoires qu’expérimente la Nature au cours de sa manifestation
: création, maintien et dissolution. Sur le plan humain, ces trois tendances se combineront pour former différents comportements et natures
d’être.
Rajas est l’impulsion créatrice qui pousse l’individu à l’action. Son moteur est le désir qui entraîne, mais qui enchaîne aussi le monde dans l’espace et dans le temps. Par l’attachement aux œuvres et l’ignorance de leur vraie nature, les
hommes sont tenus prisonniers du devenir toujours changeant. Sa couleur est le rouge, sa lettre est le A, sa déité est
Brahmâ.
Sattva est la tendance qui préside au maintien, à la stabilité et à la préservation. De par son caractère équilibrant et lumineux, Sattva est facteur de paix et d’harmonie. Sattva est le
chemin qu’empruntent les yogins dans leur ascension vers le Divin. Sa couleur est le blanc, sa lettre est le U, sa déité est
Vishnou.
Tamas est le guna qui incite l’individu à l’erreur, à l’obscurcissement et à la négligence. Tamas est la tendance contraire à rajas, sa contrepartie.
Tamas enchaîne le monde, dans les filets de l’ignorance. Sa couleur est le noir, sa lettre est le M, sa déité est Rudra.
D’une façon générale, nous pouvons dire que chacun d’entre nous est un mélange de ces trois tendances, dans des proportions variées, avec néanmoins
une tendance principale qui déterminera notre mode de vie et notre propre chemin d’évolution. Il sera alors aisé de comprendre, que là où prévaut la qualité sattvique, là seulement peut
s’entreprendre tout le travail du Yoga.
FIN DU TROISIEME CHAPITRE